Le carrelage émaillé ne retient presque jamais une odeur de pipi de chat ; la terre cuite et le carrelage poreux, si, et aucun nettoyage classique n'en vient à bout en un seul passage. Sur une tomette, un ciment brut ou une pierre non traitée, la méthode qui fonctionne vraiment n'est pas de noyer la tache sous un produit, mais de poser un cataplasme de bicarbonate et de peroxyde d'hydrogène qui va aspirer l'urine hors des pores au lieu de l'y enfoncer davantage. Un chat par ailleurs très propre peut se mettre du jour au lendemain à choisir ce genre de sol, et c'est justement la nature poreuse du carrelage qui change toute la marche à suivre pour faire disparaître l'odeur.
Avant de sortir la moindre éponge, un rappel s'impose : si votre chat s'est mis à uriner ailleurs que dans son bac de façon soudaine, direction le vétérinaire avant toute chose, une infection urinaire ou une douleur peuvent expliquer ce changement à elles seules. Je ne suis pas vétérinaire, seulement une propriétaire de chat à Dijon qui a fini par comprendre où s'arrête le bricolage maison et où commence la question de santé.
Pourquoi le carrelage poreux garde-t-il l'odeur plus qu'un autre sol ?
La différence tient à la structure du matériau. Une tomette en terre cuite, un ciment brut ou une pierre non traitée absorbent le liquide au lieu de le laisser en surface : dès qu'une goutte touche le sol, elle est aspirée vers l'intérieur du carreau. Un carrelage émaillé, lui, se contente de laisser le liquide glisser dessus, ce qui explique qu'un simple coup d'éponge suffise généralement à effacer la trace.
Mon voisin de palier, Théophile, qui élève deux chats siamois, a un jour comparé son carrelage au mien avec une précision presque scientifique, relevant que sa cuisine carrelée de blanc ne gardait jamais une trace, contrairement à mon couloir en tomettes. La remarque m'a plus éclairée que n'importe quelle notice de nettoyant : ce n'est pas le chat qui est plus ou moins malpropre selon le sol, c'est le sol qui pardonne ou non l'accident.
L'urine de chat n'est pas un liquide anodin qu'un peu d'eau savonneuse suffit à dissoudre. Elle contient des cristaux difficiles à dissoudre, capables de se loger profondément dans les pores d'un matériau poreux et de relâcher leur odeur dès que l'air se charge d'humidité ou de chaleur. C'est ce qui explique qu'une tache invisible à l'œil nu puisse recommencer à sentir plusieurs semaines plus tard, sans qu'aucun accident nouveau ne se soit produit.
Deux réflexes qui aggravent tout
Deux réflexes reviennent sans cesse quand une odeur de chat s'incruste dans un sol, et chacun aggrave la situation pour une raison différente. Le premier est l'eau de Javel, dont l'odeur rappelle à s'y méprendre celle du propre marquage urinaire du chat ; loin de le faire fuir, elle a plutôt tendance à le ramener exactement au même endroit. Le second est le vinaigre blanc pur, frotté énergiquement dans l'idée de désinfecter en profondeur ; sur une tomette ancienne, il attaque surtout la patine du matériau, jusqu'à laisser une auréole claire et permanente à l'endroit même où l'on voulait faire disparaître la tache. Ni l'un ni l'autre ne s'attaque vraiment à ce qui est logé dans la pierre : les deux se contentent de déplacer le problème ou d'abîmer le support.
Pourquoi il ne faut pas noyer la tache tout de suite
Noyer un carrelage poreux sous un nettoyant, même un bon nettoyant enzymatique, risque de pousser le liquide encore plus loin dans les pores avant qu'il ait eu le temps d'agir. Un carrelage poreux se comporte un peu comme une éponge sèche : verser un grand verre d'eau dessus le fait traverser de part en part, alors que le but est plutôt de le faire remonter vers la surface. Avant de tester n'importe quelle astuce maison trouvée en ligne, mieux vaut comprendre dans quel sens elle fait circuler le liquide, sous peine d'aggraver ce qu'on voulait résoudre.
Cette patience forcée, où il faut résister à l'envie de tout récurer tout de suite, ressemble à celle qu'il m'a fallu quand mon chat n'aime pas sa litière fermée : observer d'abord, laisser le temps faire une partie du travail, plutôt que de forcer une réaction immédiate chez l'animal ou sur le matériau.
Cataplasme contre nettoyant enzymatique
Le mélange qui fonctionne sur ce genre de sol tient en peu d'ingrédients, une astuce maison à base de bicarbonate de soude et de peroxyde d'hydrogène à 3%, celui qu'on trouve en pharmacie sous le nom d'eau oxygénée. On commence par saupoudrer généreusement la zone sèche, sans lésiner sur l'épaisseur, puis on vaporise le peroxyde par-dessus jusqu'à obtenir une pâte qui rappelle le sable mouillé, ça crépite légèrement, ce qui est normal. On recouvre ensuite d'un film plastique ou d'un bol retourné pour que l'humidité reste piégée et que la réaction continue de travailler au lieu de s'évaporer, puis on laisse agir une bonne journée entière avant de retirer le tout.
Une fois le mélange retiré, le bicarbonate a souvent jauni, signe qu'il a attiré à lui les résidus d'urine et les cristaux d'acide urique logés dans la pierre. Sur mes tomettes les plus anciennes, il m'a fallu recommencer l'opération plusieurs fois avant que l'odeur ne disparaisse tout à fait, même les jours d'humidité où les effluves ont tendance à remonter du sol.
Dans le groupe Facebook où j'échange avec d'autres propriétaires de chats dijonnais, Josselin me demande régulièrement, photos à l'appui, si un nettoyant enzymatique du commerce ne ferait pas aussi bien l'affaire que ce cataplasme fait maison. Ma réponse ne change pas beaucoup d'une fois sur l'autre : un nettoyant enzymatique convient bien à un carrelage émaillé, un ciment traité ou une tache toute fraîche, là où le risque de pousser le liquide en profondeur reste limité. Sur une tomette ancienne, un ciment brut ou une tache déjà sèche depuis un moment, je passe directement au cataplasme, parce que le but n'est plus de dissoudre mais d'extraire ce qui est déjà enfoncé dans la pierre.
Protéger le carrelage pour la suite
Un sol propre ne reste pas propre tout seul si la cause du problème n'a pas changé. Trop loin, trop sale ou simplement trop froide sous les pattes, la litière peut pousser un chat à chercher un autre support, un peu comme mon chat urine sur le tapis plutôt que sur le carrelage juste à côté, en quête d'un peu plus de confort. Appliquer un hydrofuge ou une cire protectrice sur un carrelage poreux, une fois qu'il est parfaitement sec, change beaucoup de choses : le liquide perle en surface au lieu de s'infiltrer aussitôt, ce qui laisse le temps de réagir avant que la tache ne s'installe.
Le vrai signe que la situation s'était calmée n'était pas un sol resté impeccable, mais une nuit entière passée sans un seul miaulement contre la porte de la salle de bain, et le fait de me réveiller de moi-même, sans qu'aucun bruit ne vienne m'y forcer.
Et si la tache n'avait rien à voir avec le carrelage ?
Tout ne s'explique pas par le sol, et il m'a fallu du temps pour l'admettre. Longtemps, j'ai cru qu'il suffisait de lui mettre le nez sur la flaque pour qu'il comprenne son erreur, comme on l'entend encore conseiller ; ça n'a rien changé, sinon qu'il devenait plus méfiant chaque fois que je m'approchais de ce coin du couloir. Un chat ne fait pas le lien de cette façon, et ce genre de correction ne fait souvent qu'ajouter du stress à un problème qui en contenait déjà.
Parfois, ce n'est même pas une question de propreté au sens strict : le chat refuse tout bonnement d'utiliser son bac, sans aucun rapport avec le carrelage voisin. D'autres fois, il ne s'agit pas d'un accident mais de marquage, une réaction au stress ou à un changement de territoire, ce qui ne se traite pas du tout de la même façon. La distinction compte davantage qu'on ne le pense : un chat qui urine debout contre une surface verticale ne dit pas la même chose qu'un chat accroupi au milieu du couloir, et confondre les deux fait perdre un temps précieux à chercher la mauvaise cause.
L'emplacement du bac joue aussi un rôle qu'on sous-estime : coincé dans un coin de passage ou posé juste à côté de la gamelle, il peut suffire à expliquer pourquoi un chat préfère le carrelage d'à côté. Le type de litière compte tout autant, certains chats boudant une texture du jour au lendemain sans qu'on comprenne pourquoi, un peu comme un griffoir dont le support ne convient plus soudainement. Dans un foyer avec plusieurs chats, la compétition invisible pour l'accès au bac peut pousser l'un d'eux à se soulager ailleurs, un peu comme se disputer la seule salle de bain d'un appartement partagé.
Certains chats ont carrément une préférence pour une surface molle et absorbante, un tas de linge ou une couette, plutôt que pour le carrelage froid sous les pattes. Habituer un chat à un nouvel équipement, une chatière par exemple, demande une progression lente plutôt qu'un changement imposé du jour au lendemain, exactement comme il faut du temps pour accepter un bac différent. Une odeur étrangère rapportée par un invité ou des chaussures neuves peut aussi déclencher une réaction disproportionnée, un peu comme on se méfie d'un nouveau collègue avant de l'avoir jaugé, et chez un chat plus âgé, une gêne à sauter ou à se pencher dans un bac trop haut explique parfois un accident qui n'a rien de comportemental. Sur un tissu ou un canapé, la logique de nettoyage n'est d'ailleurs pas la même que sur la pierre : l'objectif est de casser la molécule odorante plutôt que de l'extraire, ce qui change complètement les produits à utiliser.
Si l'odeur résiste à tout malgré un nettoyage en règle, ou si le comportement du chat change ailleurs dans la maison, comme lorsque mon chat fait pipi dans la baignoire sans raison apparente, mieux vaut ne pas rester seule à chercher la solution. Un vétérinaire ou un comportementaliste reste le bon interlocuteur dès que le nettoyage seul ne suffit plus à expliquer la situation. Nettoyer un carrelage poreux demande de la patience plus que de la force, et un sol qui redevient neutre, tomette après tomette, vaut largement les quelques jours que ça prend.